de Saint Louis-Marie Grignion de MONTFORT par Carlito
PROFIL
Il est l’aîné d’une grande fratrie de dix-huit enfants. Ses parents n’étaient pas de grands fortunés mais ils n’étaient pas dans le besoin. Très tôt, dès l’enfance, il fut « missionnaire », d’abord auprès de ses frères et sœurs et de ses camarades, donnant des sucreries à ceux qui acceptaient de réciter le chapelet avec lui. Adolescent, déjà épris du Ciel et désirant ardemment la sainteté, il confiait souvent à ses camarades ce qu’il ferait une fois adulte : son rêve de partir, pauvre, dans des terres lointaines afin d’apporter l’Évangile à ceux qui ne le connaissaient pas encore. Il avait une immense soif d’enraciner la Bonne Nouvelle dans les cœurs : un feu dévorant le consumait de l’intérieur !
Pour bien comprendre saint Louis-Marie, il faut le replacer dans son époque…
Malheureusement, comme à toutes les époques, l’Église est en proie à des tentations d’altération de l’Évangile et à diverses hérésies. L’une d’elles était le « jansénisme », doctrine développée par monseigneur Jansen, évêque d’Ypres (1589-1638), qui enseignait que le salut est réservé aux seuls prédestinés, sans que les œuvres du croyant, blessé par le péché originel, puissent changer le sort de son âme. Les jansénistes prétendaient que certains étaient, dès leur naissance, prédestinés soit pour l’Enfer, soit pour le Paradis, et que de toute façon Jésus n’était pas venu sauver tous les hommes mais seulement « un petit nombre, un petit reste ». Ils étaient d’une sévérité implacable envers les pécheurs, leur inculquant un esprit de crainte servile envers Dieu.
Pour dépeindre fidèlement son époque, il faut aussi comprendre que c’était la fin du règne du grand roi Louis XIV : le monarque était âgé et malade, surendetté, les caisses du royaume étaient au plus bas et le peuple de France endurait la misère et la disette, particulièrement dans les campagnes où tant de pauvres et de gueux se retrouvaient totalement démunis. Saint Louis-Marie, comme beaucoup d’autres saints, fut bouleversé au plus profond de lui-même à la vue de ces pauvres miséreux, qu’il appelait ses « petits seigneurs ». C’est la raison pour laquelle il fut si prompt à entendre leur cri !
Le cri des pauvres ! ↑ Retour au tableau
Pauvre parmi les pauvres, saint Louis-Marie possède un charisme qui le pousse à donner sa vie au Seigneur et à son prochain de manière totale, sans retenue ni fausse modestie, comme il l’écrit lui-même dans l’un de ses cantiques : « C’en est fait, je cours par le monde, / J’ai pris une humeur vagabonde, / Pour sauver mon pauvre prochain ! »
En effet, tout missionnaire apostolique qu’il était, il mendiait son pain et son gîte comme un gueux de son époque… au grand dam de beaucoup de ses confrères qui lui reprochaient des manières d’un autre siècle. Même son ami de jeunesse Jean-Baptiste Blain, prêtre lui aussi, lui reprochera ce choix de vie, trouvant qu’il en faisait trop ! Nous avons un remarquable témoignage de cet ami, qui deviendra l’un de ses premiers biographes, lors de leurs retrouvailles après quelques années d’éloignement :
D’après Jean-Baptiste Blain, Abrégé de la vie de Louis-Marie Grignion de Montfort (1719)………. après lui avoir parlé de sa grande destruction, (le poison mis dans son bouillon, à La Rochelle) et écouté les remontrances de son ami, il déclara: “…Comme il y a plusieurs demeures dans la maison du Père céleste, il y a aussi plusieurs voies pour aller à Lui. Je les laisse marcher dans la leur. Laissez-moi marcher dans la mienne: celle que Jésus a enseignée par son exemple et par ses conseils… La plus courte… est la plus parfaite pour aller à Lui.”
Pour justifier les singularités dont on l’accusait, il répliqua “que s’il avait des manières singulières et extraordinaires, c’était bien contre son intention; que, les tenant de la nature, il ne s’en apercevait pas, et qu’étant propres à l’humilier, elles ne lui étaient pas inutiles; qu’au reste il fallait s’expliquer sur ce qu’on appelle “manières particulières et extraordinaires”, que si l’on entendait par là des actions de zèle, de charité, de mortification et d’autres pratiques de vertus héroïques et peu communes, il s’estimerait heureux d’être en ce sens singulier, et que si cette sorte de singularité était un défaut, c’était le défaut de tous les saints; qu’après tout on acquérait à peu de frais dans le monde le titre de singulier et qu’on était sûr de cette dénomination pour peu qu’on ne voulût pas ressembler à la multitude…”
C’est que le radicalisme évangélique de Louis-Marie était ressenti comme une leçon et un reproche. Son souci principal, essentiel, qui bousculait le monde, c’était le salut de ses frères, de tous ses frères… Il n’était ni violent, ni sectaire : il était simplement logique avec sa foi et avec l’amour de Dieu qui lui brûlait le cœur.
À l’exemple de saint François d’Assise, Louis-Marie choisit et embrassa « Dame Pauvreté » dès qu’il quitta la maison familiale à l’âge de vingt ans, et il lui resta fidèle jusqu’à son dernier souffle. Cette grande Dame Pauvreté le tint étroitement serré contre son cœur, lui faisant goûter ses fruits précieux, comme à tous ceux qui savent s’abandonner à ses attraits. Quittant Montfort et sa terre natale pour gagner la capitale, il prit le parti d’aller à pied en mendiant sa subsistance, échangeant ses habits décents contre les haillons du premier pauvre croisé en chemin, et distribuant aux nécessiteux l’argent que sa famille lui avait donné… Le voilà devenu pauvre sous le regard de Dieu, et il le restera toute sa vie ! À Paris même, il intégra le séminaire le plus indigent et dut mendier et travailler dur pour subvenir à ses besoins et à ses études. Il prend résolument le parti de la pauvreté et des pauvres : ce sera pour lui une ligne de conduite constante et inébranlable !
Une charité parfaite et charmante ↑ Retour au tableau
Il est tellement proche des pauvres, qu’eux-mêmes le reconnaissent comme l’un d’entre eux, souvent Louis est pour eux un grand défenseur et protecteur, ses contemporains l’appellent « le bon père de Montfort ».
Je vous invite à consulter la page BIOGRAPHIE et à lire, au chapitre « Le cri des pauvres », ce magnifique épisode survenu à Poitiers, à l’hôpital général : les pauvres y réclamèrent saint Louis-Marie comme aumônier et, l’ayant à peine repéré, décidèrent de se cotiser pour lui confectionner une soutane neuve, tellement la sienne laissait à désirer.
Un événement merveilleux et touchant est survenu durant la mission de Dinan (Benedetta PAPASOGLI, éditions BELLARMIN, « L’homme venu du vent », pages 259-260) :
…….. C’est le soir, Dinan se repose. Sur le pavé des rues, l’écho des derniers pas s’éteint, aux façades des maisons les dernières fenêtres se sont fermées. La tour brune de l’horloge liée au souvenir d’Anne de Bretagne a peut-être tinté l’heure tardive, comme pour souligner le silence parfois si profond dans ces petites cités antiques. Même les missionnaires ont fini leur journée chargée. Seul Louis de Montfort est encore par les rues. Il retourne à la maison, …..Soudain, il entrevoit dans l’ombre une forme humaine gisant par terre ; il perçoit un gémissement. Un frémissement le secoue. Il se penche sur le pauvre découvrant un visage rebutant dévoré par la lèpre. Le chroniqueur raconte : « Il n’attendit point que le malheureux lui demande secours, il lui parla le premier.» Que faire, vu l’heure tardive ? Louis soulève l’homme et se dirige vers la maison des missionnaires, son pas résonne plus lent, plus pesant sur le pavé. Le portier dort profondément et les coups répétés à la porte ont du mal à le réveiller. Alors, dans la noirceur, une supplique frémissante se lève, un cri dans lequel est tout le cœur de Louis GRIGNION : « Ouvrez…..ouvrez à Jésus-Christ ! » Quelque voisin se sera peut-être éveillé en sursaut, en entendant cette voix qui déchire le repos et les ténèbres. Finalement un grincement de verrou et un soupir de soulagement de la part de Louis.… Cette nuit, l’homme défiguré par sa triste maladie dormira dans le lit du Père de Montfort. Quel beau témoignage nous donne ce prêtre qui aime tant les pauvres !
Louis-Marie choisi par Dieu ↑ Retour au tableau
On se rend compte que, même pour ses proches, Louis GRIGNION demeurait un mystère ; et que dire de ses maîtres et supérieurs ? Ceux de Saint-Sulpice : messieurs l’abbé Brenier, directeur du Petit Séminaire, et surtout l’abbé Leschassier, qui sera son confesseur. Précisément, Louis était pour eux un casse-tête : ils ne savaient comment le situer, tant il se démarquait de la routine ordinaire. Non par rébellion, mais parce qu’il avait des manières si singulières d’être et d’agir qu’elles finissaient par les désarçonner, au point qu’ils ne lui épargnèrent aucune humiliation afin de le ramener à un comportement plus conformiste et le façonner à leurs vues.
Cette gêne récurrente devant une telle personnalité se manifestera chez nombre de ceux qui le côtoieront tout au long de sa vie. C’était comme si le Diable savait à qui il avait affaire et cherchait n’importe quel allié afin de l’écraser, de le décourager et de l’arrêter… Peine perdue, puisqu’il avait déjà accepté la Croix avec grandeur d’âme et constance : rien ni personne ne pouvait ébranler son âme ! Des calvinistes tenteront de l’empoisonner à La Rochelle, parce qu’il suscitait trop de conversions chez les protestants qui revenaient à l’Église catholique. Il n’en mourra pas sur le coup, mais son organisme en demeura profondément affaibli, hâtant sa mort quelques années plus tard à Saint-Laurent-sur-Sèvre ! Croyez-vous qu’il ait ralenti la cadence pour autant ? Nullement ! Il poursuivit son apostolat jusqu’au bout, jusqu’à ce que ses forces le trahissent : c’est là qu’il rendit son âme à Dieu. Il avait une énergie et un enthousiasme miraculeux ; si l’Esprit Saint n’avait pas soutenu son zèle, il se serait retiré depuis longtemps de la course. Il était véritablement mû par l’Esprit Saint !
Dès son plus jeune âge, il fut attiré par Dieu et la Sainte Vierge Marie. Il marchait constamment sous leur regard, et cet attrait ne cessera jamais ni ne faiblira jusqu’à son dernier souffle. Bien au contraire, cet attrait pour Dieu ne fit que grandir et s’approfondir. Chez lui, nulles ténèbres, nulle période où la foi aurait été mise en retrait — ce qui déconcertait même ses supérieurs, persuadés qu’il devait être « comme tout le monde » ! Il essuiera donc bien des railleries et des réprimandes à cause de son recueillement permanent, toujours absorbé en Dieu ; mais lui trouvait cela tout naturel et ne s’embarrassait point de ces contrariétés, si utiles à ses yeux pour réparer ses faiblesses et s’unir à la Croix ! En lui, point de doute, point de ténèbres, point de sécheresse, point d’hésitation. Dieu l’attirait à Lui et il y répondait avec élan, sans retenue ni respect humain. Tout son être était fondé sur ce mouvement intérieur, une immense histoire d’Amour avec le Seigneur qui fait de lui un authentique mystique chrétien ! Il signera ses lettres d’un sceau : « Dieu Seul ! » — tout un programme spirituel qu’il gardera jusqu’au bout… Quelle grâce, n’est-ce pas !
C’est une attitude admirable chez ce saint, mais que ses contemporains n’avaient pas comprise : il fut tellement écrasé, humilié, diffamé, incompris et assailli d’attaques en tout genre que même ses ennemis en étaient stupéfaits ! Cette paix et cette constance tenaient du miracle. Le père de Montfort était un paradoxe et une énigme vivante pour son siècle : qu’un homme pût endurer tant d’opprobres tout en gardant une âme sereine, joyeuse et libre, cela semblait impossible ! C’est ce qui laissait ses contemporains si dubitatifs devant lui. Mais Jésus ne l’a-t-il pas proclamé ? « Heureux serez-vous lorsqu’on vous persécutera à cause de moi ! » » Il nous a promis cette Paix que rien ni personne ne pourra nous ravir, si nous devenons Ses amis !
Tout cela lui donne raison et prouve qu’il ne singeait pas la sainteté, mais qu’elle était profondément enracinée dans son cœur. Mais Dieu lui octroya une grâce exceptionnelle, celle du martyre du cœur : il cherchait en tout temps et en tout lieu l’occasion d’honorer Dieu, demeurant toujours prêt à s’offrir pour Lui prouver son amour.
Plus les hommes le frappaient et l’humiliaient, plus Dieu le soutenait par sa grâce !
Lorsque Dieu se choisit une âme et l’attire à Lui avec une telle intensité, celle-ci se trouve forcément en décalage avec le monde, mais sans jamais rompre la charité. Dieu n’a point réservé Louis-Marie pour Lui seul, mais Il a comblé son âme tout en le laissant libre au milieu des hommes… En avait-il conscience ? Oui, et il ne s’en embarrassait pas pour autant. Au contraire, cela lui donnait une liberté et une joie indicibles qui le rendaient audacieux et courageux en toute circonstance pour défendre l’honneur de Dieu et le salut des âmes.
Un zèle et une audace missionnaire hors norme ! ↑ Retour au tableau
Physiquement parlant, il était grand, robuste et imposant : tout son être était taillé pour ce rude emploi de missionnaire populaire, de prédicateur et de réformateur, avec des facultés intellectuelles supérieures, des dons artistiques réels, bref de grandes qualités humaines ! Cela faisait de lui un homme d’exception, un génie de la sainteté, un maître en spiritualité et un prédicateur hors norme qui savait toucher et remuer les cœurs. Chez lui, nulle concession avec le péché : il faut tout faire pour rechercher la sainteté dans notre vie, sans laquelle nous ne pouvons plaire à Dieu ! La miséricorde, certes oui, mais accompagnée de la ferme résolution de fuir les occasions de chute qui mènent à la perdition… Soit nous voulons devenir des êtres de lumière, des enfants de Dieu, les prédestinés, soit nous nous faisons les alliés du Démon, les réprouvés qui s’installent dans le péché. Avec saint Louis-Marie, il n’y a pas de demi-mesure : il faut choisir ! Dieu envoie ses veilleurs fidèles comme des chiens de garde qui aboient et montrent les dents pour avertir quiconque s’éloigne du troupeau qu’Il rassemble. Saint Louis-Marie fait partie de ces prophètes ardents qui nous exhortent sans répit à nous convertir, car sans véritable conversion, notre religion demeure entachée d’une hypocrisie que Dieu a en abomination !
Un exemple parmi tant d’autres : un jour, prenant avec lui l’abbé Desbastières sans lui dévoiler son projet, il l’emmena dans un lieu de débauche afin de ramener à Dieu quelques pauvres créatures. Ils pénétrèrent dans la maison et entrèrent dans une pièce où plusieurs personnes se livraient au désordre : saint Louis-Marie fit irruption, tomba à genoux au milieu d’eux et se mit en prière ardente. Aussitôt, la stupeur envahit les cœurs à la vue de ces deux prêtres : tous s’enfuirent en ramassant leurs hardes, mais une femme resta là, comme saisie par la grâce, et accepta la conversion que saint Louis-Marie était venu apporter à toutes ces pauvres âmes.
D’autres évènements comme celui-ci dénotent chez ce saint une psychologie au-dessus de la moyenne, c’est impressionnant ! Lorsqu’on lit sa vie, on reste ahuri de voir l’audace démesurée, expression d’un amour zélé pour son « pauvre prochain », toujours prompt à le remettre sur le « droit chemin ». Quelle force ! Quelle audace ! Cela lui donnait souvent l’occasion de mettre sa vie en danger de mort, plusieurs fois menacé de se faire passer l’épée au corps. Il fut mis en prison à deux reprises, tabassé, humilié, calomnié, essuyant des injures et ce, de la part même de confrères etc ….. On reste interloqué devant tant de mépris et d’assauts contre lui à cause de son immense zèle. Mais il faut aussi compter dans le panorama de ses persécutions, la réaction du Diable et de ses suppôts qui voyant tant d’âmes lui échapper et revenir à Dieu, faisaient tout pour lui barrer la route, que ce soit matériellement, moralement ou spirituellement. Rien d’étonnant à ce que le monde et l’Enfer se soient ligués contre lui : dans au moins quatre diocèses, il fut repoussé et congédié à la suite de plaintes répétées. Son crime ? Remettre les chrétiens sur la voie de la sainteté ! Il dérangeait et bousculait les tièdes : nul n’échappait à son influence. Certains de ses confrères, confinés dans une existence tranquille et soucieux de ne rien déranger, allèrent se plaindre à l’évêque qui, hélas, prêtait l’oreille à leurs doléances. Saint Louis-Marie était tellement rempli de la grâce divine que quiconque l’approchait voyait son âme soit jubiler de joie devant cet homme de Dieu, soit se sentir profondément troublée face à ses propres faiblesses intérieures.
Encore un exemple : dans un quartier de Nantes où régnait un désordre total — on parlerait aujourd’hui d’une zone de non-droit où voleurs, débauchés et marginaux avaient élu domicile sans que personne n’osât y passer s’il ne faisait partie de la bande. Ni les autorités de la ville ni le clergé ne savaient comment en venir à bout et rendre ce quartier à la paix. Comme saint Louis-Marie donnait une mission dans les parages, les choses allaient changer… Il passa toute la nuit en prière, en jeûne et en mortifications pour intimer aux forces mauvaises l’ordre de quitter les lieux. Dès l’aube, revêtu de ses plus beaux ornements sacerdotaux, il s’avança au milieu d’eux avec quelques fidèles en procession, chantant et priant le rosaire jusqu’à ce que les fauteurs de troubles détalent l’un après l’autre sans jamais revenir ! Par la suite, ce quartier devint un lieu béni où l’on édifia un hôpital pour accueillir et soigner les malades et les pauvres.
C’est un fait aussi prodigieux que vrai : telle est la puissance de la piété lorsqu’elle est vécue sans le moindre compromis avec le péché ! Avec saint Louis-Marie, les œuvres de ténèbres reculent et la vie divine grandit dans les cœurs. Soyons comme lui, sans concession envers le mal qui ronge nos âmes : ne soyons pas des chrétiens affadis, des « fantômes de chrétiens », mais des serviteurs de Dieu coopérant fidèlement avec la grâce pour devenir de véritables saints !
Pour illustrer au mieux le zèle extraordinaire de cet apôtre, on ne saurait omettre de citer cet événement qui constitue un moment marquant de sa vie : « L’Affaire du Calvaire de Pont-Château ! »
En 1709, Louis-Marie arrive à Pont-Château. Animé d’une inspiration qui le consumait depuis longtemps, il veut construire un calvaire monumental pour en faire un sanctuaire. Il a trouvé le lieu propice et rassemble les bras nécessaires pour mener à bien cette entreprise gigantesque qui allait durer seize mois. Sans plan d’architecte ni budget préétabli, il lance le chantier avec une confiance totale dans la Providence, trouvant au jour le jour les matériaux et les soutiens. Présent au début quotidiennement, il alterne ensuite avec ses prédications dans les missions environnantes. Sur place, il confie ses directives à des hommes de confiance, se révélant un bâtisseur et un meneur d’hommes hors pair. Voyons l’ambiance qui y règne. Page 296, Le père de Montfort a parcouru le pays et les campagnes comme une rafale et, au matin, il arrive de voir des processions d’hommes se diriger vers le lieu désigné avec des chariots tirés par des bœufs et avec les outils qui serviront au travail. De jour en jour, le ferment devient plus étonnant; Louis a réussi à transmettre la pensée de son cœur au cœur du peuple. Non seulement les travailleurs des champs, mais des familles entières, des chefs de famille et des enfants, puis « des Messieurs et des Dames de qualité, et même plusieurs prêtres » se laissent prendre par la fièvre. Rappelons que l’hiver était rude, entraînant misères et disette. Page 297 Mais le pain quand il est partagé fraternellement, ne manque pas. La tradition rapporte que le pain se multipliait prodigieusement dans les huches demeurées vides à la suite d’un acte de charité. Jeanne Guigan, témoin privilégié qui n’avait jamais rien refusé au Père de Montfort, ne vit jamais sa huche s’épuiser, malgré la multitude de bouches affamées qu’il fallait nourrir chaque jour. Les gens chantaient, priaient, tous étaient d’un seul cœur avec le Bon Père de Montfort. Pourtant, le plus grand miracle ne réside pas dans ces prodiges visibles, mais dans l’épilogue surnaturel de ce « drame » : car un Calvaire dressé par le Père de Montfort n’était pas une entreprise humaine, mais un monument érigé pour la gloire de la Croix.
Le Diable et ses suppôts vont taper fort, car l’affaire du Calvaire de Pont-Château va remonter jusqu’aux oreilles du roi Louis XIV, lui décrivant défavorablement la scène et l’extravagant prêtre illuminé qui aurait bâti un calvaire monumental susceptible de servir de forteresse aux envahisseurs anglais ! Le roi Louis XIV, vieillissant et crédule face à ces calomnies, donna l’ordre péremptoire de raser le calvaire. Les travaux avaient duré de mai 1709 à août 1710, et la bénédiction solennelle était fixée au 14 septembre, en la fête de l’Exaltation de la Sainte Croix. Or, le 13 septembre vers seize heures, Louis reçoit une dépêche de l’évêque lui interdisant de bénir le calvaire. Accouru à Nantes, il s’entend confirmer l’injonction royale : il faut détruire le monument. Comment faire accepter à tout un peuple, qui s’était dévoué avec tant d’enthousiasme, la perte de cette sainte colline ? C’est alors que se produisit le miracle : Louis-Marie sut apaiser les cœurs et faire accueillir cette épreuve dans l’obéissance chrétienne. Se mettant à genoux devant tous, il proclama ces paroles sublimes : « Plantons la croix dans nos cœurs, elle y sera mieux placée que partout ailleurs : Dieu soit béni ! »
Tout cela dénote une grâce exceptionnelle et particulière, bien plus qu’un saint il fut un prophète avec un message précis : il annonce une grâce mariale toute particulière pour l’avenir de l’Église et de sa sainteté ……. mais la suite vous la trouverez en poursuivant votre lecture dans la rubrique SPIRITUALITE.
SA SPIRITUALITE ↑ Retour au tableau
Saint Louis-Marie nous a légué une doctrine spirituelle d’une richesse et d’une profondeur admirables. C’est une âme qui a toujours été conquise par Dieu : le Seigneur l’a attiré dès le berceau et, durant toute sa vie, il mettra tout en œuvre afin de répondre à cet attrait divin. Jamais en lui on ne discerna le moindre doute ou la moindre hésitation : c’était une âme droite, marchant droit vers le Ciel sans détour. Une trempe taillée dans le roc, que rien n’intimidait, que rien ne brisait… Il respirait Dieu avec une telle spontanéité que ses contemporains en étaient parfois surpris. Comme si les conséquences du péché n’avaient jamais alourdi son cœur, il possédait une conscience aiguë de la gravité du péché et de ses ravages dans les âmes. Habité d’un zèle ardent, il témoignait d’une tendresse inépuisable envers les petits et les humbles, tout en tenant tête aux puissants et en reprenant avec vigueur les pécheurs publics. Sa fidélité et son amour envers l’Église étaient surnaturels : voyant en elle l’Œuvre du Christ, il vouait une obéissance filiale aux serviteurs de Dieu, particulièrement aux évêques. Il n’obéissait ni par complaisance ni par crainte humaine, mais parce qu’il vénérait en eux les pasteurs légitimes voulus par le Seigneur.
Aussi, son comportement envers les jansénistes est remarquable. Pourtant condamné à 4 reprises par le magistère de l’époque, l’hérésie janséniste avait imprégné l’esprit de nombreux ecclésiastiques, et saint Louis-Marie essuya de rudes oppositions précisément parce qu’il refusait ce poison rigoriste. Toute sa spiritualité et sa charité envers les plus humbles lui valaient des hostilités sourdes qui débouchaient sur des plaintes continuelles auprès des prélats. Ceux qui étaient influencés par le jansénisme le toléraient à peine et le moindre prétexte leur servait d’alibi pour l’éloigner de leur diocèse. Il est vrai que sa doctrine et sa ferveur se situaient à l’opposé des thèses jansénistes. Dès son premier écrit, « L’Amour de la Sagesse éternelle », il prend le contre-pied de ce rigorisme : s’il emploie le vocabulaire de son temps comme « prédestinés et réprouvés », la croix, le purgatoire ou le péché, c’est pour les éclairer de la pure doctrine catholique et de l’amour sans bornes d’un Dieu « lent à la colère et plein d’Amour » envers Sa créature. Heureusement, il trouva un soutien courageux auprès des évêques de Luçon et de La Rochelle qui, exempts de toute complaisance janséniste, soutinrent fidèlement saint Louis-Marie et protégèrent son œuvre naissante.
Même si dans un de ses cantiques il écrit qu’il hait le jansénisme, jamais il ne polémiquera sur cette hérésie et lorsqu’il sera en face de prêtre janséniste notoire, il restera respectueux parce qu’il a une vénération de l’état ecclésiastique et qu’il voit Jésus-Christ en personne derrière le prêtre.
Une mortification continuelle ↑ Retour au tableau
Chez lui, les valeurs du monde étaient renversées : ce que les hommes fuient d’instinct — la pauvreté, les contrariétés, les humiliations ou la souffrance —, loin d’être des maux absolus, étaient pour lui une sainte invitation à s’offrir à Dieu, à reconnaître notre faiblesse et à aspirer à une vie meilleure qui fait grandir en nous les vertus spirituelles. En revanche, tout ce que le monde recherche avec avidité — les amusements futiles, la bonne chère, le luxe, le pouvoir et la vaine renommée —, Louis-Marie s’en détournait de tout son être, sachant combien ces mirages nourrissent l’égoïsme, la tiédeur et l’enfermement de l’âme. les seigneurs, les riches, les nantis de l’époque étaient pour lui, « ses fermiers, ses serviteurs » et les gueux, les pauvres, les misérables, étaient pour lui Jésus crucifié, « ses seigneurs » ….. La vraie mortification n’est pas faire violence à son corps pour une quelconque performance mais bien acquérir assez d’amour pour réfréner la rancœur que le prochain nous procure par son attitude désagréable, et lui garder respect et amour, malgré tout, afin d’imiter et d’honorer notre Seigneur Jésus. Ce qu’il a écrit dans son « Traité de l’Amour de la Sagesse éternelle » constitue toute sa vision de la vie sous le regard de Dieu et une imitation de Jésus-Christ, son Maître. On pourrait croire que saint Louis-Marie comme beaucoup d’autres saints, est masochiste, doloriste etc … qui a un regard trop sombre de la réalité, de la vie ……. pour un mondain et un « jouisseur » certes mais pour une âme spirituelle certainement pas bien au contraire …….!
Un jour dans un village où l’attendaient une communauté de prêtres pour y faire une mission, sans prévenir et sans s’embarrasser de leur réaction, il enquêta discrètement auprès de certains afin de demander l’hospitalité au plus pauvre du village, ce qui fut fait ……… on imagine la stupeur et les sentiments mélangés des confrères apprenant qu’il logeait chez un tel sans se présenter chez eux, sûrement que leur luxueuse maison n’était pas au goût du père de Montfort …… Quelle prédication par l’exemple ! Et ces bons prêtres piqués au vif dans leur amour propre, vont faire à notre prédicateur un accueil à la hauteur de leur humiliation durant toute la mission, à sa plus grande joie ……
Dans une autre paroisse, où les gens l’ont bien accueilli et étaient tous admiratif et généreux avec lui, commençait à ressentir un malaise intérieur et confia au père Jean-Baptiste qui l’accompagnait, son dessein de partir d’ici ……. mais celui-ci, étonné, lui rétorqua que les gens l’aimait bien ici et que pour une fois, il n’y aurait pas de problèmes …… et après beaucoup d’instances du père Jean-Baptiste, le père de Montfort accepta de rester mais s’exclama d’un grand soupir : » Pas de croix, quelle Croix ! « Ce cri du cœur de notre saint témoigne de la profondeur inouïe de sainteté à laquelle il vit ! Si tout va bien ici, c’est que les démons sont tranquilles tout se déroule selon leur plan …… mais lorsqu’ils commencent à fomenter toutes sortes d’oppositions : c’est qu’ils ont beaucoup à perdre …. » Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » Saint Louis-Marie est un guerrier, un soldat de Dieu, il ne combat pas les impurs contre les purs, les pécheurs contre les justes mais contre ceux qui ne veulent pas se convertir et s’opposent à Dieu et les pauvres pécheurs qui font tout pour se convertir et cherchent de toute leur âme à plaire à Dieu.
Voilà le père de Montfort dans toute sa splendeur, une mortification tant corporelle que spirituelle lui procurait une liberté totale, il allait droit au but sans compromis, sans sentiment partisan ou idéologique, il prêchait en chaire mais aussi par sa chair et il n’avait que faire de la réaction des autres car leçon il donnait, à nous de la saisir ou pas !
D’où lui venait-elle, cette mortification continuelle ? Certains ont cru pouvoir le « psychanalyser », prétendant qu’il s’agissait d’un simple rejet de l’argent ou des mondanités hérité de son enfance… Mais si tel avait été le cas, saint Louis-Marie n’aurait été qu’un esprit tourmenté et amer ; or, chez lui, rien de morbide, tout était joie et offrande d’amour ! Pour le comprendre, il faut plonger avec lui dans la contemplation profonde de Jésus crucifié.
Pour comprendre ce renversement des « valeurs », il faut se pencher sur le mystère de la Croix. Nous sommes ici-bas que pour une seule chose : connaître et aimer Dieu afin de se préparer à vivre éternellement en Sa présence. Si notre cœur éprouve encore de l’hésitation devant le témoignage de ces âmes saisies par Dieu, c’est que nous n’avons pas encore mesuré la grandeur de la Vie divine ! Bien loin d’être des esprits sombres, les saints sont des cœurs éveillés et libres, qui ont dépassé l’éclat éphémère des vanités terrestres pour ne s’attacher qu’aux Beautés spirituelles qui nous entraînent vers la Vie éternelle !
Je vous invite à aller dans la présentation de son bel écrit : « Lettre aux amis de la Croix ! » sur la page SES ÉCRITS
Homme d’Église ↑ Retour au tableau
Saint Louis-Marie avait un sens aigu et un amour de prédilection pour l’Église et son peuple : comme le proclamait sainte Jeanne d’Arc, « l’Église et le Christ, c’est tout un » ! On me dira que c’est bien normal pour un prêtre — oui, en théorie, mais dans les faits, tant d’ecclésiastiques n’en donnent guère le témoignage… Saint Louis-Marie, lui, l’honore par toute son existence. C’est profondément un homme d’Église : malgré les épreuves, la sévérité injustifiée de certains évêques, l’incompréhension de confrères, les calomnies et même l’attitude distante de son directeur spirituel, l’abbé Leschassier, jamais il n’eut une parole de ressentiment ! Jamais la colère n’a envahi son âme et jamais le moindre désir de vengeance ou de rancœur ne s’est installé en lui : cette mansuétude héroïque témoigne à elle seule d’une sainteté admirable !
Il ne conçoit pas l’Église comme une communauté fermée sur elle-même à la manière d’un parti politique qui lui donnerait de bons points et une ligne directrice qu’il devrait respecter, il était profondément, un homme d’Église et cela lui procurait une liberté totale. Pour lui, l’Église appartient d’abord à Jésus-Christ qui l’a fondée, et il était filialement soumis à Celle-ci dans sa hiérarchie, dans sa constitution et dans son « Dépôt de la Foi », dans sa doctrine et commandements qui en découlent, ses Dogmes …… Il n’était pas progressiste dans le sens qu’il voulait réformer l’Église mais voulait apporter et injecter dans le cœur des chrétiens, la lumière que le Seigneur lui avait octroyée. Il rêvait depuis sa jeunesse d’aller porter pauvrement l’Évangile au Canada, auprès des Indiens d’Amérique, comme beaucoup de jeunes prêtres de son époque. Il décida donc de se rendre à pied à Rome afin de rencontrer le Pape et de solliciter un ordre de mission pour les Amériques.
Le 06 juin 1706 Louis-Marie est au pied du Pape Clément XI.
Benedetta PAPASOGLI édition BELLARMIN « L’homme venu du vent » Page 235-236, ……… selon les témoignages des contemporains. Louis est donc aux pieds de ce pape, humble seigneur au regard accueillant, et il tremble de révérence. Il fixe son regard plein de foi sur la figure du pontife : « Il croit voir Jésus-Christ Lui-même en la personne de son vicaire ». Il expose en latin le motif de sa venue, résumant en de brèves paroles émues et haletantes son histoire, ses désirs ardents, sa disponibilité. Le Pontife écoute et mesure en lui-même la stature de cet homme qu’il ne connaît pas. Subit-il « le charme de la sainteté » du prêtre breton ? Se méfie-t-il de l’apparence « un peu exaltée » de ce pèlerin ? Le dialogue se continue en français et Clément XI se montre paternel. Il interroge Louis, lui permettant de s’étendre longuement sur la dévotion mariale, sur la forme qu’il donnerait à la mission, sur ses projets de fondation. Et en même temps, il pense aux diocèses de France, de cette terre difficile que le courant gallican éloigne de Rome et que le jansénisme ronge dans sa foi et sa fidélité.
Claire et François GOUSSEAU, édition Pierre TEQUI : « Un prophète de l’Espérance, Saint Louis-Marie GRIGNION de MONTFORT » Page 52, Il expose au Saint Père sa situation, ses déboires, mais surtout l’objet de ses continuelles pensées. Il ne peut s’empêcher, « vue la nécessité de l’Église, de demander continuellement, avec gémissements, une petite et pauvre compagnie de bons prêtres qui, sous l’étendard et la protection de la Très Sainte Vierge, aillent de paroisse en paroisse, faire le catéchisme aux pauvres paysans, aux dépens de la seule Providence ». Mais il est prêt à abandonner ce dessein, si le Pape juge préférable de l’envoyer vers les missions lointaines. Louis attend la réponse d’une âme sereine. « L’homme venu du vent » Page 236, …. la réponse du Pape remplit le silence : « Vous avez, Monsieur, un assez grand champ en France, pour exercer votre zèle; n’allez point ailleurs, et travaillez toujours avec une parfaite soumission aux évêques dans les diocèses desquels vous serez appelé : Dieu, par ce moyen, en donnera bénédictions à vos travaux »……… Il confère à Louis le titre de « missionnaire apostolique », ( c’est dire qu’il n’est rattaché à aucun diocèse mais soumis aux évêques, il travaillera au renouvellement de toute la chrétienté ).
Pour saint Louis-Marie, Dieu a parlé par la bouche de Clément XI. Déçu, alors qu’il pensait partir vers les terres lointaines ? Pas du tout, Louis-Marie rentre chez lui en France, le cœur joyeux et déterminé, direction, le Mont Saint Michel, remettre sous la protection du grand Archange Saint Michel, sa nouvelle mission française, car il sait que le combat sera dur et sans pitié. Confirmé dans sa vocation par le Pape lui-même, il s’en va le cœur plus joyeux et déterminé que jamais !
Louis jusqu’au bout, vivra dans une « parfaite obéissance » aux évêques chez lesquels il travaillera …. durant sa courte vie missionnaire, dix années incessantes bien réglées, il essuiera au moins 4 condamnations et rejets de leur part totalement injustes, sous la pression de certains mais jamais il n’en tiendra rigueur. Il savait que le véritable ennemi est le Démon et non les hommes qui se laissent souvent tromper par lui. C’est pourquoi, s’il était intraitable envers le mal et ses œuvres, il se montrait infiniment compatissant envers ses frères pécheurs, pardonnant tout dans l’esprit du Christ : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » Il ne combattait point les personnes, mais l’erreur du jansénisme.
Pour guérir la blessure que ces bons chrétiens mais « jansénistes », infligeaient à l’Église, Dieu, à travers le Pape Clément XI confirma la vocation de ce prêtre breton et renvoya Saint Louis-Marie dans sa patrie. C’est comme si le Seigneur, à la manière d’un médecin, inocula un vaccin, car le Pape a du pressentir au contact de jeune prêtre un antidote à cette plaie. Il est évident que sa spiritualité était aux antipodes des thèses jansénistes et de ses conséquences rigoristes. Saint Louis-Marie prêche un Évangile de la Miséricorde sans faire fi de la Justice, il parlera à la manière de Saint Vincent FERRIER les « fins dernières », du Purgatoire, de l’Enfer mais aussi du Paradis, il sera intraitable avec le péché mais d’une délicatesse et une ingéniosité extrème envers une âme qui se convertit. Son génie débordera jusqu’à l’irrationnelle, ……
Juste un petit exemple :
Durant une mission, un homme possédé par le diable, venait tous les jours l’insulter et le défier jusque dans l’église où il prêchait et saint Louis-Marie, d’une maîtrise absolue, gardait son calme et lui demandait de ne pas proférer des insanités par respect pour la maison de Dieu et ce pauvre homme, tous les jours, venait le harceler. Un jour, même scénario, mais là l’homme se mit à cracher sur le sol de l’église et Louis-Marie, d’un seul mouvement, s’agenouilla et lécha les crachats un à un de ce pauvre pécheur et cela, jusqu’à la sortie mais l’homme, même dehors continua à insulter Dieu. Alors Saint Louis-Marie sous l’impulsion de l’Esprit se jeta dans la boue qui couvrait le sol, demandant pardon pour l’outrage commis par cet homme. Aussitôt, bouleversé par tant d’humilité, le malheureux s’effondra à genoux et implora à son tour le pardon de Dieu ! Telle était la sainteté de Louis-Marie Grignion de Montfort : marchant sous la conduite de l’Esprit, il pouvait proclamer avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ! »
Mais voilà : au delà de la sainteté de Saint Louis-Marie, le Seigneur adresse un message à son Église.
Un prophète ↑ Retour au tableau
Les manières si singulières de ce saint déconcertaient ses contemporains et surprenaient jusqu’à ses plus proches amis. Pour les esprits superficiels, c’était là le signe d’une ferveur excessive ; mais les plus clairvoyants pressentaient le mystère divin à l’œuvre en lui. Tandis que beaucoup le rabaissaient autant qu’ils pouvaient, Dieu le comblait de grâce : le Seigneur l’avait mis à part pour en faire un messager d’espérance. Non pour ajouter un nouvel enseignement à l’Évangile — car tout est déjà révélé dans le Christ —, mais pour allumer un phare lumineux pour notre temps, permettant aux chrétiens de garder une foi pure et sans mélange face aux épreuves spirituelles.
( Jean 18-37 ) Jésus répondit: « C’est toi qui dis que je suis roi. Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la Vérité. Tout homme qui appartient à la Vérité écoute ma voix.»
La spiritualité de saint Louis-Marie et surtout son témoignage, peuvent certainement et fermement nous attacher au Seigneur car il nous aidera par son intercession et la Lumière que Dieu lui a confiée, à proclamer. Sa spiritualité est certainement un véritable réconfort à la dépression qui caractérise notre époque si agitée. Avec lui, pas de compromis coupables et mondains cachés qui alourdissent notre marche vers notre propre sanctification, notre sainteté.
Il est, comme le Pape Clément XI l’avait décelé, un antidote aux maux spirituels de l’Église, saint Louis-Marie est un maître spirituel vigoureux pour la mission mais avec une douceur et une miséricorde angélique envers son prochain ……. chez lui, aucun rigorisme, aucune violence aveugle, nulle colère inconsidérée, mais une maîtrise de soi admirable dans l’adversité et une profonde tendresse envers les âmes blessées. Il incarnait cette force tranquille de l’Évangile : fermeté absolue face au mal, et douceur toute maternelle pour exhorter les cœurs au repentir et à la conversion.
Il n’y a qu’à écouter la description qu’il fait de ces fameux « Apôtres des derniers temps » qui se trouve dans son » Traité de la Vraie Dévotion » extrait :
B. Nécessité de la Dévotion à Marie particulièrement dans les derniers temps.
59. Enfin, nous savons que ce seront de vrais disciples de Jésus-Christ, marchant sur les traces de sa pauvreté, humilité, mépris du monde et charité, enseignant la voie étroite de Dieu dans la pure vérité, selon le saint Évangile et non selon les maximes du monde, sans se mettre en peine ni faire acception de personne, sans épargner, écouter ni craindre aucun mortel, quelque puissant qu’il soit.
Ils auront dans leur bouche le glaive à deux tranchants de la parole de Dieu. Ils porteront sur leurs épaules l’étendard ensanglanté de la Croix, le crucifix dans la main droite, le chapelet dans la gauche, les sacrés noms de Jésus et de Marie sur leur cœur, et la modestie et mortification de Jésus-Christ dans toute leur conduite. Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera par ordre du Très-Haut, pour étendre son empire sur celui des impies, idolâtres et mahométans. » Quand et comment cela sera-t-il ? … Dieu seul le sait : »c’est à nous de nous taire, de prier, soupirer et attendre.
Eh bien trois siècles après, je pense que c’est le moment, c’est comme si la Très Sainte Vierge Marie répondait à la question posée par saint Louis-Marie : d’abord à La Salette, puis à Fatima où elle affirma : » Il ( Dieu ) veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. A celui qui l’accepte, je promets le salut et ces âmes seront aimées de Dieu, comme des fleurs placées par moi pour orner son Trône.
Ne te décourage pas, je ne t’abandonnerai jamais ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu. «
À travers saint Louis-Marie, la Très Sainte Vierge nous donne un guide magnifique et sûr pour établir le véritable Règne de Dieu dans les âmes… Dans la spiritualité de ce saint réside une plénitude de grâces qui nous éclaire et nous affermit dans la Vérité qui triomphe des ténèbres. Sa doctrine possède un caractère prophétique indéniable qui ne nous laisse ni dans l’oisiveté ni dans la morosité : si vous êtes résolu à coopérer au règne de Dieu dans votre vie, alors imprégnez-vous de ses écrits et marchez dans la foi !
Saint Louis-Marie était un précurseur, un véritable « Apôtre des derniers temps » brandissant le glaive de la Parole de Dieu. Modèle accompli du parfait missionnaire, aucun pécheur ne lui résistait : il leur tenait tête pour briser les liens infernaux qui asservissaient les âmes au Démon. Pour accomplir une telle œuvre, il possédait un secret admirable accordé par l’Esprit Saint : « Le Secret de Marie », qu’il confiera à une religieuse et développera magistralement dans son célèbre Traité de la vraie dévotion à la Sainte Vierge, véritable chemin de sainteté fondé sur la consécration totale de notre personne à Jésus par Marie.
Si vous désirez sortir de ce désert spirituel, saint Louis-Marie vous invite à venir découvrir cette grande et vivifiante clairière dont il est le guide. Face à un monde si hostile à Notre Seigneur Jésus-Christ et devant tant de timidités humaines, il est vital que nous trouvions une authentique vigueur spirituelle afin de témoigner avec fierté du Saint Nom de Jésus. Ce saint, à l’exemple de saint Jean-Baptiste, est un puissant aiguillon pour notre temps : son témoignage et sa spiritualité sont un souffle de grâce pour renouveler notre enthousiasme pour l’Évangile, véritable Lumière du monde ! Je pourrais en parler des heures et des heures ! Mais je vous invite à prendre le temps d’entrer dans cette spiritualité qui ne vous laissera pas indemne. Rendez-vous dans la rubrique : SES ÉCRITS, lisez et méditez, et vous serez armés contre toutes les embûches du Démon et de ses suppôts !
Aujourd’hui, l’esprit du monde pèse lourdement sur une Église affaiblie, plongeant les âmes dans un désarroi qui entrave leur chemin vers la sainteté. Le cœur même de la Foi est attaqué par des pasteurs égarés qui distillent un poison insidieux, semant une confusion sans précédent : en mêlant la sainteté de la Parole de Dieu à des vues purement humaines, ils empêchent les fidèles de discerner la vraie vie en Dieu. Cette dérive ne vient pas avec éclat mais sournoisement : alors des fidèles sincères, faisant confiance à leurs guides, risquent de s’égarer à leur suite dans le relâchement spirituel !
Quel malheur !
Prenons un exemple concret d’une dérive scandaleuse sur le sacrement du mariage : le scandale des nullités de mariage
Mc 7, 9-13 :
09 Il leur disait encore : « Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition.
10 En effet, Moïse a dit : Honore ton père et ta mère. Et encore : Celui qui maudit son père ou sa mère sera mis à mort.
11 Mais vous, vous dites : Supposons qu’un homme déclare à son père ou à sa mère : “Les ressources qui m’auraient permis de t’aider sont korbane, c’est-à-dire don réservé à Dieu”,
12 alors vous ne l’autorisez plus à faire quoi que ce soit pour son père ou sa mère ;
13 vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre. »
Comment l’Église peut-elle affirmer dans son Catéchisme que le divorce est une « grave offense à Dieu » et, en même temps, en favoriser la démarche par les instances de ses officialités ? Je connais un homme profondément catholique qui s’est retrouvé broyé à la fois par son épouse et par des clercs : n’aimant plus son époux, cette femme a demandé une déclaration de nullité de mariage… et le prêtre chargé de l’officialité lui a conseillé de divorcer, sans même avoir pris la peine d’entendre le mari ! Je comprends le désarroi de cet homme devant un tel scandale, d’autant que son épouse affirme agir en toute tranquillité de conscience au nom de sa soumission à l’Église ! Et quand ce mari implore les autorités ecclésiales de l’aider à sauver son couple et sa famille, on lui répond froidement qu’il faut respecter la « liberté » de son épouse et qu’il doit accepter son sort… Il m’a confié qu’il croyait trouver dans l’Église un rempart contre la folie du divorce ; or, ce fut tout le contraire : nombre de fidèles soutenaient cette rupture au nom de la liberté individuelle ! Je reste sans voix devant un tel constat. On voit là une dérive d’esprits ecclésiastiques qui, d’un côté, dissertent sur la sainteté du sacrement de mariage, et de l’autre, fragilisent les familles en crise. Incapables d’offrir une vraie réponse pastorale, certains ont brandi comme un passe-partout l’alibi de l’ »immaturité » afin de déclarer des nullités de mariage sans discernement.
Avec une telle vision si éloignée de la grâce sacramentelle, on aboutit à une pastorale laxiste et contraire à la vérité divine, banalisant les séparations et prétendant que le Seigneur bénit les unions illégitimes ! Et personne n’ose élever la voix ! Dans quelle déchéance spirituelle sommes-nous tombés ? Si le Seigneur bénissait ces unions, alors allons jusqu’au bout : marions-les à nouveau et donnons-leur les sacrements ! Cessons toute hypocrisie ! C’est un sujet d’une gravité exceptionnelle dont nous reparlerons sur le blog de l’Association : LE PRÉCURSEUR : « Passe derrière moi, Satan… », où j’aborderai plus largement les dérives de certains milieux ecclésiaux. Malheureusement, le sujet est bien complexe et très grave !
Il faudrait également évoquer la mauvaise interprétation du concile Vatican II, que nombre d’ecclésiastiques ont poussée jusqu’à des contradictions aberrantes dans les domaines interreligieux, œcuménique, liturgique, etc. Mais la pire de toutes ces déviations demeure le manque fondamental de charité chrétienne qui blesse si profondément le Cœur de Jésus ! Cette carence est hélas trop répandue. Je ne parle pas de ces petits gestes fraternels accomplis avec ostentation pour se donner bonne conscience, mais d’une charité véritable, attentive à la vie divine dans chaque baptisé ! À mes yeux, le véritable pasteur est celui qui veille sur cette vie de grâce qui doit nous conduire au Paradis avec Dieu, Ses anges et Ses saints. Les autres ne sont que des mercenaires et des usurpateurs !
Voilà en quoi la spiritualité de saint Louis-Marie nous plonge au cœur du grand combat eschatologique, ce combat spirituel que chacun doit mener pour choisir résolument Dieu sans compromis ! Trop de baptisés répètent avec assurance : « Seigneur, Seigneur ! », alors que leurs actes Le renient. Comment un prêtre vivant une double vie scandaleuse peut-il prétendre être « l’ami de Jésus » ? Comment des personnes engagées dans une union adultérine peuvent-elles prétendre marcher dans la paix du Christ sans conversion ? Ce sont de véritables scandales qu’il faut dénoncer avec force !
Il nous faut choisir : voulons-nous être de simples croyants de nom ou de véritables disciples de Jésus-Christ ? Car croire du bout des lèvres est facile : croyons-nous comme les démons qui tremblent, ou comme de véritables enfants de Dieu qui écoutent la voix de l’Époux et vivent en conformité avec Sa Sagesse ? Saint Louis-Marie nous presse sur le chemin de la sainteté et nous alerte sur le danger mortel d’oublier notre salut éternel. Le Seigneur suscite toujours des veilleurs courageux pour réveiller nos consciences : sachons écouter Ses avertissements et Ses appels à travers Ses fidèles serviteurs ! La Très Sainte Vierge Marie a dit à sœur Lucie à Fatima : « Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu. » Comme Marie se tenait debout au pied de la Croix de son divin Fils — Stabat Mater —, tenons-nous nous aussi debout et fidèles dans l’épreuve de l’Église, le cœur fixé sur Dieu ! La spiritualité de saint Louis-Marie Grignion de Montfort nous rendra saints, libres, forts et sereins face aux rugissements du monde et de l’Enfer !
Le Seigneur a dit : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ! » Eh bien, à travers cette magnifique spiritualité montfortaine, c’est cette paix même que Jésus nous donne : à nous d’y entrer !
» Que le monde et l’enfer grondent
Gloire en tous lieux
A la Reine des Cieux ! » Cantique 75
Restons fermes dans l’Espérance : la Très Sainte Vierge Marie à Fatima a promis : « À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »
